Le 19 fructidor An VI (5 septembre 1798), sous le Directoire, Jean-Baptiste
Jourdan, à l'assemblée des Cinq-Cents et ancien vainqueur de Fleurus, fait voter
une loi qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. L'article premier de la loi Jourdan énonce : «Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie».
Avec la loi Jourdan, la guerre n'est plus réservée à des professionnels comme sous l'Ancien Régime, quand les souverains recrutaient les soldats parmi les vagabonds et les officiers parmi les jeunes nobles en mal d'aventures et de gloire.
«C'en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille. La Révolution égalitariste banalise un privilège jusqu'alors réservé à quelques-uns. Elle démocratise la gloire et le trépas» (René Sédillot, Le coût de la Révolution française).
Il existait au Moyen Âge et jusqu'à l'aube de la Révolution une forme de conscription, la milice, composée de célibataires recrutés par tirage au sort. Les miliciens devaient pendant six ans se tenir à la disposition du souverain pour défendre leur territoire en cas d'invasion. Ce système était assez peu contraignant mais très impopulaire à cause des abus qu'en faisaient les agents du roi et de son caractère inégalitaire : seuls étaient astreints à servir les paysans et manouvriers pauvres.
La conscription moderne est autrement plus contraignante. Elle puise ses origines dans le règlement militaire instauré en 1733 par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 1er. Ce règlement a permis au «Roi-Sergent» d'étoffer les effectifs de son armée en recrutant des cantonistes dans chaque canton en fonction des besoins.
Très impopulaire en France comme ailleurs, la conscription est réprouvée dans son principe par les cahiers de doléances de 1789. En 1792, face à l'invasion étrangère, les chefs jacobins proclament la «Patrie en danger» et lancent un vibrant appel aux volontaires. Ces «volontaires de l'An II» remportent la victoire de Valmy aux côtés des vétérans de l'ancienne armée royale. Mais ils ne suffisent pas à apporter la paix.
Comme la guerre s'éternise et que les bonnes volontés s'épuisent, l'assemblée de la Convention recourt le 24 février 1793 à la levée en masse de 300.000 hommes, recrutés par les départements de la manière qui leur convient (tirage au sort, désignation,...). En conséquence de quoi les Vendéens se soulèvent ! La Révolution n'en est pas moins sauvée une nouvelle fois.
Avec la chute de Robespierre et l'avènement du Directoire, la Révolution prend un tour conservateur. Les anciens conventionnels se montrent par-dessus tout soucieux de jouir de leurs richesses fraîchement acquises. Pour sortir la France de ses difficultés économiques, ils ne trouvent rien de mieux que de s'engager dans des guerres de conquêtes. C'est alors que le Directoire, par la loi Jourdan, oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s'inscrire sur les registres communaux pour faire face à la menace d'une deuxième coalition européenne. Cette «conscription» a pour objet de faciliter une levée en masse. Les citoyens sont appelés sous les drapeaux sur ordre ou par tirage au sort, avec possibilité pour les plus fortunés de se trouver un remplaçant.
Les conscrits se disposent à un service de cinq ans. Ils sont répartis en 5 classes et chaque année sont appelées une ou plusieurs classes en fonction des besoins militaires. La loi Jourdan suscite encore plus de réticences que la levée en masse de 93. Il y a beaucoup de réfractaires et le Directoire a le plus grand mal à recruter les effectifs souhaités.
Après la paix d'Amiens, en 1802, le Premier Consul Napoléon Bonaparte se garde d'abroger la loi Jourdan et quand reprend la guerre, il prend l'habitude d'y recourir pour compléter les effectifs de la Grande Armée.
C'est seulement avec la chute de l'Empire et le retour à la stabilité et à la paix que la loi Jourdan est abolie par le roi Louis XVIII, au grand soulagement de l'opinion.
Au cours du XIXe siècle, les besoins militaires imposent le recours à une conscription allégée, laissant une grande place aux exemptions et aux remplacements.
Le 21 mars 1905, tandis que le ciel européen se couvre à nouveau de nuages et que surgit la menace allemande, le gouvernement de Maurice Rouvier instaure le service militaire obligatoire pour tous les citoyens mâles et pour une durée de deux ans, sur le modèle allemand. Il n'est plus question de dispenses ou de tirage au sort. En pleine guerre religieuse, l'opinion républicaine se réjouit de voir les «curés sac au dos».
Quand éclate la Grande Guerre de 1914-1918, les généraux, qui disposent avec la conscription d'armées nombreuses et de soldats non professionnels, sont incités à multiplier les offensives meurtrières.
Cette tragédie entraîne certains officiers à repenser le service militaire. En 1934, le colonel Charles de Gaulle dénonce les effets nocifs de la conscription et préconise la création d'une armée mécanisée et formée de professionnels éprouvés (Vers l'armée de métier, Berger-Levrault).
Au XXe siècle, seules les deux principales démocraties du monde, le Royaume-Uni et les États-Unis, persistent à ignorer la conscription permanente : elles n'instaurent le service militaire
obligatoire qu'à titre provisoire, pendant les grandes crises diplomatiques. À l'encontre des idées convenues qui voient dans les armées de conscrits un rempart contre la tyrannie, toutes les
dictatures, de Lénine à Pinochet, s'appuient sur de telles armées.
Le 28 mai 1996, le président de la République française, Jacques Chirac, a annoncé la fin du service militaire obligatoire au détour d'une allocution télévisée. La décision a été spontanément approuvée par les éditorialistes, la classe politique et l'opinion publique.
Note du médiateur ; La suppression du service militaire a eu des conséquences non négligeables, d'après vous , est ce bien de l'avoir supprimé ?